Façade d'un immeuble de bureaux tertiaire en fin de journée

Décret tertiaire : l’année de référence et la date couperet du 30 septembre 2027

8 minutes

Bureau d’études Enrgetic

Décret tertiaire

Une décision qui ne se prend qu’une fois

À défaut de renseignement de l’année de référence avant le 30 septembre 2027, l’article 3 de l’arrêté du 10 avril 2020 impose d’office comme référence la première année pleine remontée sur OPERAT. Le choix est alors perdu, sans retour possible. Le texte autorise pourtant toute année comprise entre 2010 et 2022.

Date couperet

30 septembre 2027

Au-delà, l’année de référence est imposée d’office

Bornes du choix

2010 à 2022

La profession écrit 2019. Le texte écrit 2022

Durée exigée

12 mois consécutifs

Et non un exercice comptable

Qu’est-ce que l’année de référence, et pourquoi décide-t-elle de tout ?

L’obligation de réduction se mesure de deux façons. Soit en valeur relative, par rapport à une consommation constatée sur une année passée : c’est le Crelat. Soit en valeur absolue, par rapport à un plafond en kilowattheures par mètre carré et par an : c’est le Cabs. Atteindre l’une des deux voies suffit.

L’année de référence est le socle de la première voie. C’est l’année dont la consommation, une fois ajustée des variations climatiques, devient le point de départ des moins 40 pour cent de 2030, moins 50 pour cent de 2040 et moins 60 pour cent de 2050. Une référence haute rend l’objectif accessible. Une référence basse le place hors d’atteinte.

Deux précisions que le marché escamote. L’année de référence compte douze mois consécutifs, et non un exercice comptable. Et pour un bâtiment neuf, la consommation de référence établie sur la première année pleine d’exploitation peut encore être corrigée après le réglage des systèmes techniques, au plus tard trois ans après la date de réception.

Que se passe-t-il si rien n’est renseigné avant le 30 septembre 2027 ?

Le texte ne prévoit sur ce point ni relance, ni mise en demeure, ni sanction. Il prévoit une substitution automatique. À défaut de renseignement, la consommation de référence devient celle de la première année pleine d’exploitation dont les consommations sont remontées sur la plateforme OPERAT.

Concrètement, pour un assujetti entré dans le dispositif à l’ouverture des comptes, la référence sera la consommation de 2021 ou de 2022, selon la première année pleine transmise. Pour un bâtiment rénové juste avant cette période, ce niveau est déjà bas. L’obligation de réduction viendra alors s’appliquer à une consommation déjà optimisée, et les moins 40 pour cent de 2030 se calculeront sur ce plancher.

Il existe une seconde façon de perdre ce choix, et elle ne dépend pas d’une date mais d’un événement. L’entité fonctionnelle assujettie est définie par l’arrêté comme un établissement au sens de l’INSEE, c’est-à-dire un couple lieu et exploitant : quand l’exploitant change, l’entité change. En cas de succession d’assujetti, vente, cession de bail ou réorganisation, les entités auxquelles on succède doivent être déclarées. À défaut, l’année de référence ne peut pas remonter avant la date du changement. Un acquéreur qui reprend un bâtiment en 2026 sans faire ce rattachement perd donc la fenêtre 2010 à 2022 aussi sûrement que s’il avait laissé passer le 30 septembre 2027.

Réserve de méthode, et elle compte. Le texte lu ne prévoit aucune procédure de révision de l’année de référence une fois cette date passée. Nous n’avons trouvé aucune disposition contraire, mais une absence de disposition n’est pas une preuve d’impossibilité : c’est un point à faire confirmer avant d’en tirer une décision patrimoniale.

2019 ou 2022 : jusqu’où le texte autorise-t-il à remonter ?

La profession écrit très majoritairement 2010 à 2019, le plus souvent pour écarter les années de restriction sanitaire. Le texte, lui, écrit 2010 à 2022. La pratique professionnelle est donc plus restrictive que la règle.

L’écart n’a rien de cosmétique. 2020 et 2021 sont, pour beaucoup de bureaux, d’établissements d’enseignement et d’hôtellerie, des années de sous-occupation, donc de consommation basse. 2022 est au contraire une année de reprise, souvent haute. S’interdire 2022 par prudence revient parfois à renoncer à la meilleure référence disponible.

Contrepoint honnête : une référence haute n’est pas mécaniquement la bonne. Le dispositif corrige déjà les variations d’activité par les indicateurs d’intensité d’usage, et une année atypique se défend mal en cas de contrôle. Le choix se justifie sur des données de consommation, pas sur une règle générale.

Ce que dit le texte, mot pour mot

« A défaut de renseignement portant sur l’année de référence avant le 30 septembre 2027, la consommation de référence correspond à la consommation de la première année pleine d’exploitation dont les consommations énergétiques sont remontées sur la plateforme OPERAT ; L’année de référence est comprise entre 2010 et 2022, ou correspond à la première année pleine d’exploitation dont les consommations énergétiques sont remontées sur la plateforme OPERAT. »

Arrêté du 10 avril 2020, article 3, I. Version consolidée en vigueur depuis le 15 mars 2024, issue de l’arrêté du 20 février 2024. Lecture faite sur Legifrance le 21 août 2026.

Deux choses à relever dans cette phrase. La borne haute est bien 2022. Et la substitution est écrite au présent de l’indicatif, sans condition et sans formalité : elle ne suppose aucune décision de l’administration, aucun courrier, aucun constat.

Comment arbitrer entre la voie relative et la voie absolue ?

L’arbitrage se joue sur deux chiffres. D’un côté la consommation de référence ajustée du climat, notée Créf, dont dépend le Crelat. De l’autre le Cabs, plafond exprimé en kilowattheures par mètre carré et par an, fixé par catégorie d’activité, zone climatique et altitude à l’annexe II de l’arrêté, et composé de deux termes : CVC pour l’ambiance thermique et la ventilation, USE pour les usages spécifiques.

Un bâtiment ancien et énergivore atteint généralement plus facilement les moins 40 pour cent que le plafond absolu. Un bâtiment récent ou déjà rénové est dans la situation inverse : la voie absolue le sauve, la voie relative le condamne. C’est précisément ce second cas que le 30 septembre 2027 peut verrouiller.

Un point pratique que personne ne documente : en cas de changement d’assujetti, nouveau bail ou acquisition, il faut déclarer les entités fonctionnelles auxquelles on succède, appelées EFA liées, avec leur numéro OPERAT, les surfaces concernées et la date de début de propriété. À défaut, l’année de référence ne peut pas être antérieure à la date du changement d’assujetti.

Combien coûte cet arbitrage sur le marché ?

Prix de marché relevés le 20 août 2026

Relevé public du 20 août 2026, sur dix-huit acteurs identifiés. Un seul affiche ses prix : environ 600 euros pour une vérification d’assujettissement sur un site simple, environ 900 euros par site et par an pour la déclaration OPERAT, environ 3 500 euros pour un audit assorti d’un plan d’actions.

Ces montants se lisent avec prudence : une médiane ne se calcule pas sur un échantillon de un. Sur les audits énergétiques, trois sources indépendantes convergent vers 3 000 à 8 000 euros hors taxes en dessous de 2 000 mètres carrés, et 6 000 à 15 000 euros hors taxes entre 2 000 et 10 000 mètres carrés.

Aucun acteur relevé ne facture le choix de l’année de référence en tant que tel. C’est pourtant la seule décision datée et non révisable du dispositif.

Questions fréquentes

Quelle est la date limite pour renseigner l’année de référence ?

Le 30 septembre 2027. Au-delà, la consommation de référence est celle de la première année pleine remontée sur OPERAT. Source : arrêté du 10 avril 2020, article 3, I.

Peut-on retenir 2022 comme année de référence ?

Oui. Le texte écrit que l’année de référence est comprise entre 2010 et 2022. La borne haute usuellement citée par la profession, 2019, ne vient pas du texte. Source : arrêté du 10 avril 2020, article 3, I.

Combien de mois compte une année de référence ?

Douze mois consécutifs, dont les dates de début et de fin sont précisées dans les données remontées sur la plateforme. Source : arrêté du 10 avril 2020, article 3, I.

La référence d’un bâtiment neuf peut-elle être corrigée ?

Oui, à l’issue de la phase de mise en service et de réglage des systèmes techniques, et au plus tard trois ans après la date de réception du bâtiment. Source : arrêté du 10 avril 2020, article 3, I.

À partir de quelle surface est-on assujetti ?

1 000 mètres carrés de surface de plancher, y compris par cumul sur une même unité foncière ou un même site. Source : article R.174-22 du code de la construction et de l’habitation.

Faut-il choisir entre valeur relative et valeur absolue ?

Non. Le texte fixe deux objectifs alternatifs et il suffit d’en atteindre un. Source : article L.174-1, I, 1° et 2°, du code de la construction et de l’habitation.

Pour aller plus loin

Cet article est documentaire. Il ne renvoie vers aucune prestation de déclaration OPERAT.

L’article du mercredi 9 septembre 2026 traitera de l’attestation OPERAT et de ce que le 1er juillet 2026 a réellement changé.

Sources primaires

Prix de marché : relevé public réalisé le 20 août 2026 sur dix-huit acteurs. Aucun acteur n’est nommé.

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