Depuis le 1er septembre 2024, le décret n° 2024-796 et l’arrêté du 12 juillet 2024 encadrent plus précisément l’utilisation domestique des eaux impropres à la consommation humaine, dont l’eau de pluie. Leur objet principal n’est pas de redéfinir les règles hydrauliques d’infiltration ou de rejet, mais de fixer les usages admis, les exigences techniques et sanitaires, les vérifications avant mise en service, ainsi que les obligations de surveillance et d’entretien.
Pour un particulier, cela change une chose essentielle : récupérer l’eau de pluie n’est plus seulement une question de cuve ou de gouttière. Dès qu’il y a réutilisation domestique, il faut raisonner en même temps sur les usages visés, la séparation avec le réseau d’eau potable, le traitement éventuel, la maintenance et la conformité globale du système.
Qu’est-ce que l’ »eau de pluie » au sens juridique ?
Au sens du code de la santé publique, les « eaux brutes » comprennent les eaux de pluie issues des précipitations atmosphériques, collectées en aval de surfaces inaccessibles aux personnes en dehors des opérations d’entretien ou de maintenance. L’arrêté précise en plus que, pour les usages domestiques, il s’agit notamment des eaux collectées sur des couvertures de bâtiments autres qu’en amiante ou en plomb.
Autrement dit, tous les systèmes de récupération d’eau de pluie ne se valent pas. La nature de la toiture, l’accessibilité de la surface de collecte et la destination finale de l’eau comptent désormais clairement dans l’analyse de conformité.
Quels usages de l’eau de pluie sont autorisés en maison individuelle en 2024 ?
Depuis le 1er septembre 2024, l’utilisation des eaux brutes est permise pour les usages suivants :
| Usage | Autorisé | Déclaration requise |
|---|---|---|
| Chasse d’eau / évacuation des excreta | ✅ Oui | Non |
| Lavage du linge (machine à laver) | ✅ Oui | Oui |
| Lavage des sols intérieurs | ✅ Oui | Non |
| Nettoyage des surfaces extérieures | ✅ Oui | Non |
| Lavage des véhicules au domicile | ✅ Oui | Non |
| Arrosage des jardins potagers | ✅ Oui | Non |
| Arrosage des espaces verts | ✅ Oui | Non |
| Fontaines décoratives (hors consommation) | ✅ Oui | Non |
| Boisson / préparation des aliments | ❌ Non | — |
| Vaisselle | ❌ Non | — |
| Hygiène corporelle | ❌ Non | — |
Le cadre sanitaire reste donc strict : on peut valoriser l’eau de pluie, mais pas la traiter comme une eau potable de substitution.
Ce que l’arrêté du 12 juillet 2024 change concrètement
Le changement majeur de 2024, ce n’est pas l’idée de récupérer l’eau de pluie elle-même. C’est le niveau de formalisation du système. Le décret et l’arrêté encadrent la conception, la mise en service, la surveillance, l’entretien et les mesures à prendre en cas de dysfonctionnement. Ils imposent une logique de prévention sanitaire beaucoup plus structurée.
Le texte rappelle notamment que les systèmes d’utilisation d’eaux impropres à la consommation humaine doivent rester complètement séparés et distincts du réseau d’eau destinée à la consommation humaine. Il prévoit aussi, selon les cas, des exigences de conformité avant raccordement aux points d’usage, une vérification avant première mise en service et un contrôle de la qualité de l’eau.
Il organise également l’auto-surveillance et l’entretien courant. Le propriétaire doit veiller au bon fonctionnement du système, mettre en œuvre la maintenance régulière et faire réaliser les analyses requises lorsque l’installation y est soumise.

Faut-il déclarer son installation de récupération d’eau de pluie ?
Le cadre de 2024 prévoit une déclaration avant première mise en service pour les systèmes utilisant des eaux grises, des eaux issues de piscines collectives, ou des eaux brutes pour le lavage du linge. À l’inverse, les systèmes utilisant uniquement des eaux brutes pour les autres usages autorisés sont, en principe, librement mis en œuvre au regard de cette déclaration spécifique.
En pratique, cela signifie qu’un projet de récupération d’eau de pluie avec usages intérieurs doit être cadré avec soin dès le départ. Le point clé n’est pas seulement la taille de la cuve, mais la combinaison origine de l’eau + usages retenus + architecture du système.
Ce que l’arrêté du 12 juillet 2024 ne change pas
Cet arrêté n’est pas un règlement de dimensionnement hydraulique des noues, puits d’infiltration, tranchées drainantes ou cuves de rétention. Son objet est sanitaire et technique, pas urbanistique au sens du calcul des ouvrages de gestion des eaux pluviales à la parcelle.
Pour une maison individuelle, les règles de gestion des eaux pluviales restent donc à lire aussi à travers le PLU, le zonage pluvial, le règlement d’assainissement et, selon les cas, les prescriptions particulières du terrain ou du permis. Le ministère de la Transition écologique rappelle d’ailleurs que le zonage pluvial constitue l’outil réglementaire principal spécifique aux eaux pluviales, et que ses règles, intégrées dans le PLU, doivent être prises en compte.
Pourquoi ce sujet devient plus sensible
Avec la pression croissante sur la ressource en eau, l’évolution de la pluviométrie et les exigences locales de gestion à la parcelle, les projets combinant récupération, rétention et infiltration deviennent plus fréquents. Le cadre de 2024 ne rend pas la récupération d’eau de pluie obligatoire, mais il pousse clairement vers des systèmes mieux conçus, mieux documentés et mieux entretenus.
C’est aussi la raison pour laquelle une approche purement « matériel » n’est plus suffisante. Entre les usages autorisés, la séparation des réseaux, les contraintes locales et le dimensionnement, un projet sérieux mérite une vraie analyse technique en amont.
Notre conseil pour un projet de maison individuelle
Avant de choisir une cuve ou un schéma d’installation, quatre questions doivent être posées :
- D’où vient l’eau ? (nature de la toiture, surface de collecte)
- Pour quels usages sera-t-elle employée ? (intérieurs, extérieurs, linge…)
- Comment le réseau sera-t-il séparé du réseau potable ?
- Quelles prescriptions locales s’appliquent à la parcelle ? (PLU, zonage pluvial, règlement d’assainissement)
Le cadre de 2024 rend ces quatre points beaucoup plus structurants qu’avant.
Une approche plus complète chez ENRGETIC
En 2026, M. Christeau a suivi la formation présentielle « Gestion des eaux de pluie – Qualipluie ». Les documents de formation mentionnent notamment la gestion des eaux à la parcelle, la récupération et la valorisation de l’eau de pluie, la disconnexion, le dimensionnement, les solutions hybrides et l’approche client.
Cette montée en compétence permet d’aborder les projets non seulement sous l’angle réglementaire, mais aussi sous l’angle technique, hydraulique et opérationnel, avec une vision plus complète des solutions de gestion à la parcelle et de récupération d’eau de pluie.
Chez ENRGETIC, nous pouvons vous accompagner sur l’étude de gestion des eaux pluviales à la parcelle, l’analyse réglementaire locale, le dimensionnement des solutions de récupération / rétention / infiltration et la constitution d’un dossier technique clair pour votre projet. Tarif à partir de 350 € TTC.
FAQ
Peut-on boire l’eau de pluie récupérée ? Non. Les usages autorisés des eaux brutes n’incluent pas la boisson, la préparation des aliments, la vaisselle ou l’hygiène corporelle.
Peut-on utiliser l’eau de pluie pour le linge ? Oui, c’est un usage autorisé par l’article R.1322-92. En revanche, cet usage fait partie des cas pour lesquels le cadre de 2024 prévoit une déclaration avant première mise en service.
Peut-on utiliser l’eau de pluie pour la chasse d’eau des WC ? Oui. L’évacuation des excreta figure parmi les usages autorisés et ne nécessite pas de déclaration spécifique, sous réserve que le réseau reste strictement séparé du réseau d’eau potable.
Est-ce que l’arrêté du 12 juillet 2024 remplace les règles du PLU ? Non. L’arrêté encadre les conditions sanitaires et techniques d’utilisation de l’eau de pluie. Les règles locales de gestion des eaux pluviales restent à vérifier dans le PLU, le zonage pluvial et le règlement d’assainissement.
Est-ce que cet arrêté suffit pour concevoir une installation ? Non. Il donne un cadre sanitaire et technique, mais il ne remplace ni une étude de faisabilité, ni un dimensionnement adapté à la parcelle, au sol, aux usages et aux prescriptions locales.

